Accueil familial pour personnes âgées : l'alternative à l'EHPAD que le journal Le Monde a révélée - et le décret qui la menace.
- Yann

- 22 juin
- 6 min de lecture
Le week-end dernier, Le Monde a consacré un reportage à une accueillante familiale de notre réseau. Une alternative humaine à l'EHPAD, près de deux fois plus sobre - qu'un décret passé presque inaperçu vient pourtant fragiliser. Décryptage, sans détour.
Le Monde a publié un reportage chez Pauline Abad, accueillante familiale en Haute-Garonne et professionnelle de notre réseau. Ancienne contrôleuse qualité reconvertie, après vingt ans en entreprise, elle résume son engagement d'une phrase : « D'où je viens, on n'abandonne pas nos aînés dans les institutions. » Chez elle, des personnes très dépendantes vivent au rythme d'un vrai foyer, et non d'une institution. Pour beaucoup de lecteurs, c'était une découverte. Car l'accueil familial reste l'angle mort des politiques du grand âge. Pourtant, l'accueil familial reste une alternative à l'EHPAD.
C'est précisément le problème que je veux poser ici. Au moment où l'État fait du «virage domiciliaire» sa priorité, une décision réglementaire passée presque inaperçue va exactement dans le sens inverse.
Décryptage, sans détour.

L'accueil familial, c'est quoi exactement ?
L'accueil familial permet à une personne âgée ou en situation de handicap d'être hébergée, contre rémunération, au domicile d'un accueillant familial agréé. Celui-ci peut recevoir jusqu'à trois résidents, dans sa propre maison, et partage avec eux sa/leur vie quotidienne : repas, accompagnement, présence, sécurité.
L'agrément est délivré par le conseil départemental, après étude du dossier, évaluation du logement (une chambre individuelle d'au moins 9 m²) et divers entretiens. Une formation à l'accompagnement des actes essentiels de la vie quotidienne est prévue.
Pour les soins, l'accueillant s'appuie sur les professionnels de santé libéraux du territoire comme n'importe quel citoyen - médecin traitant, infirmier, kinésithérapeute.
C'est une solution pour les personnes dont l'état de santé reste compatible avec une vie en maison. Elle ne se substitue pas à un établissement médicalisé pour les pathologies les plus lourdes nécessitant une surveillance clinique permanente.
Mais entre le domicile isolé et l'EHPAD, elle constitue un troisième chemin trop souvent ignoré.
Combien coûte un accueil familial face à l'alternative EHPAD ?
C'est l'une des forces du modèle : selon les acteurs du secteur, le reste à charge en accueil familial est en moyenne près de deux fois inférieur à celui d'un EHPAD.
Le coût dépend du niveau de dépendance, du département et du contrat.
En pratique, la rémunération et les indemnités versées à l'accueillant se situent souvent entre 1 500 € et 2 500 € par mois, auxquels s'ajoutent les frais d'entretien. Le reportage du Monde en donne une illustration concrète, pour une résidente en dépendance très lourde : environ 2 586 € de rémunération et 991 € de charges par mois.
Pour le détail poste par poste, voyez nos pages tarif d'une famille d'accueil et salaire de l'accueillant familial.
Mais ce montant brut n'est pas le coût final. Plusieurs aides le réduisent fortement : l'APA (allocation personnalisée d'autonomie), déductible chaque mois ; un crédit d'impôt sur la rémunération de l'accueillant et les charges ; et l'ASH (aide sociale à l'hébergement) pour les personnes aux ressources modestes.
Une fois ces aides déduites, le reste à charge réel descend nettement - un point décisif pour des familles déjà sous tension financière.
Pour l'estimer dans votre situation, utilisez notre calculateur de coût et de reste à charge.
Une solution minoritaire… et en recul
Voici le chiffre qui devrait alerter les pouvoirs publics.
≈ 8 428 accueillants familiaux de personnes âgées ou handicapées en France (Ifrep, 2022)
≈ 615 000 places d'EHPAD recensées en France (Drees)
Pire : ce nombre d'accueillants diminue depuis 2019, sous l'effet des départs en retraite, sans relève suffisante. Au moment précis où la démographie nous promet une explosion du nombre de personnes très âgées, une solution sobre et humaine se rétracte.
Ce paradoxe devrait être au cœur des travaux du grand âge - il en est, malheureusement, absent.
Les disparités territoriales aggravent le tableau. D'un département à l'autre, l'orientation des familles vers l'accueil familial varie du tout au rien.
C'est un sujet de coopération à construire avec les conseils départementaux, pas un procès à leur faire : ils sont en première ligne, et c'est ensemble que l'offre se développera.
Le paradoxe du décret 2026-261
C'est ici que le bât blesse. Le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 relève de 70 à 80 ans l'âge ouvrant droit, de façon automatique, à l'exonération de cotisations patronales pour l'emploi d'un salarié à domicile.
Concrètement, à compter de juillet 2026, environ 348 000 particuliers employeurs âgés de 70 à 79 ans sont concernés.
Pour eux, le reste à charge passe d'environ 10,62 € à 12,21 € de l'heure déclarée - une hausse de l'ordre de 15 %.
La Fepem comme la CFDT ont dénoncé la mesure, et une question parlementaire a été déposée à l'Assemblée nationale.
Le message envoyé aux familles est contradictoire : on leur demande de maintenir leurs proches à domicile, et l'on renchérit dans le même temps le coût de ce maintien.
On peut comprendre la recherche d'économies. On comprend moins qu'elle frappe exactement les solutions que l'on prétend encourager.
À noter : les bénéficiaires de l'APA ou les personnes en dépendance lourde conservent l'exonération quel que soit leur âge. La mesure touche donc surtout les seniors encore autonomes mais fragilisés, ceux que la prévention devrait précisément protéger.
Le vrai chantier : sécuriser le statut des accueillants
Si l'on veut que l'accueil familial change d'échelle, le sujet n'est pas seulement de le faire connaître. C'est d'en sécuriser le cadre.
Aujourd'hui, un accueillant familial n'a pas droit à l'assurance chômage. Quand un résident s'en va, son revenu chute brutalement en attendant le suivant.
C'est un métier exigeant, parfois 24 heures sur 24, exercé sous un statut précaire. On ne bâtit pas une filière d'avenir sur une telle fragilité.
À l'heure où se constitue le groupe de travail Grand Âge de la Conférence nationale de l'autonomie, trois leviers me paraissent prioritaires : sécuriser le statut et le revenu des accueillants, simplifier et harmoniser l'agrément entre départements, et reconnaître enfin l'efficience du modèle dans le financement public. Le volontarisme réglementaire que l'on sait mobiliser ailleurs, mobilisons-le ici.
L'accueil familial n'est pas un dispositif de second rang. C'est une réponse concrète, dès aujourd'hui.
Vous accompagnez un proche âgé ? Découvrez si l'accueil familial lui correspond et trouvez un accueillant agréé près de chez vous. Trouver une famille d'accueil →
Vous envisagez une reconversion porteuse de sens ? Découvrez le métier et les démarches d'agrément. Devenir accueillant familial →
Faire connaître cette solution, défendre le pouvoir d'achat des familles et la dignité des accueillants : c'est la raison d'être de Famillys.
Le reste - la visibilité, les reportages - n'en est que la conséquence.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'accueil familial pour personnes âgées ?
L'accueil familial permet à une personne âgée d'être hébergée contre rémunération au domicile d'un accueillant familial agréé par le conseil départemental. L'accueillant peut recevoir jusqu'à trois résidents dans sa propre maison et partage leur quotidien : repas, présence, accompagnement, sécurité. C'est une alternative à l'EHPAD pour les personnes dont l'état de santé reste compatible avec une vie en maison.
L'accueil familial est-il moins cher qu'un EHPAD ?
Oui. Selon les acteurs du secteur, le reste à charge en accueil familial est en moyenne près de deux fois inférieur à celui d'un EHPAD. La rémunération et les indemnités versées à l'accueillant se situent souvent entre 1 500 € et 2 500 € par mois, avant déduction des aides (APA, crédit d'impôt, ASH) qui réduisent encore fortement le reste à charge réel.
Que change le décret 2026-261 pour les seniors ?
Le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 relève de 70 à 80 ans l'âge ouvrant droit automatiquement à l'exonération de cotisations patronales pour l'emploi d'un salarié à domicile. À compter de juillet 2026, environ 348 000 particuliers employeurs de 70 à 79 ans voient leur reste à charge augmenter d'environ 15 % (de 10,62 € à 12,21 € de l'heure déclarée). Les bénéficiaires de l'APA conservent l'exonération quel que soit leur âge.
Qui peut devenir accueillant familial ?
Toute personne peut demander l'agrément d'accueillant familial auprès de son conseil départemental, sous réserve de disposer d'un logement adapté (chambre individuelle d'au moins 9 m²), de réussir l'évaluation du dossier et les entretiens, et de suivre une formation à l'accompagnement des actes essentiels de la vie quotidienne. C'est une reconversion accessible et porteuse de sens, encadrée par le département.
Quelles aides financières réduisent le coût d'un accueil familial ?
Trois aides principales peuvent réduire le reste à charge : l'APA (allocation personnalisée d'autonomie), déductible chaque mois selon le niveau de dépendance ; un crédit d'impôt sur la rémunération et les charges de l'accueillant ; et l'ASH (aide sociale à l'hébergement) pour les personnes aux ressources modestes. Le cumul de ces dispositifs fait nettement baisser le coût final pour la famille.
🩺 Yann Dubois - Direction pro bono de Famillys, kinésithérapeute DE Masseur-kinésithérapeute diplômé d'État spécialisé en gériatrie (15 ans d'expérience auprès des personnes âgées) et directeur général de Famillys. Inscrit à l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Voir le profil complet →
Pour aller plus loin : le reportage de Le Monde consacré à l'accueil familial (13 juin 2026, Charlotte Patron).Sources : Ifrep (2022) ; Drees ; décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 (Légifrance) ; Urssaf ; question écrite n°14530 à l'Assemblée nationale (avril 2026).
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